Le voyage d'Ethylène | « Le chemin se fait en marchant », par Noël Mamère
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« Le chemin se fait en marchant », par Noël Mamère

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« Le chemin se fait en marchant », par Noël Mamère

 

Il faut un sacré culot pour oser esthétiser un massacre de la nature ! C’est pourtant ce qu’a fait Thierry Cron avec cette remarquable et singulière série de photos qui nous fait pénétrer dans l’intimité du défunt lac Powell. La désertification, qui a vidé ce géant américain, véritable mer intérieure, de la moitié de ses eaux, nous révèle en effet un paysage de canyons, de « tables » de pierres, de falaises à la beauté brutale ; un désert de pierres et de sable, un astre mort. La vie, qui grouillait sous les eaux, a été effacée en quelques décennies seulement, par la faute de l’homme, expression de sa violence inouïe et de son avidité. Cette soif d’eau, de pétrole, de matières premières, pour produire toujours plus, pour gagner toujours plus, fait de l’homme son premier et principal ennemi ; en massacrant son environnement, il plante les clous de son cercueil. Et le tragique est qu’il le sait, mais qu’il continue dans cette entreprise d’autodestruction. Peut-être, est-ce pour conjurer cette fatale destinée que Thierry Cron a entrepris cette série si poétique , où un sac de plastique vient éclairer un paysage de ruines, se transforme en une tache de couleur qui se promène au gré du vent, libre comme l’air, libre de disparaître sous les pierres, libre de se déchirer après une chute verticale, libre de poursuivre son chemin… À l’image de l’homme, libre de se soumettre à sa démesure comme de s’arracher à cette servitude volontaire pour permettre à la vie de gagner.

Cette métaphore du sac plastique volant sur un ancien lac devenu désert de pierres, résume bien les temps que nous vivons. Et l’immense défi qui est devant nous. Derrière ces images en noir et blanc, si contrastées, derrière les gros nuages qui menacent ces pierres immobiles, pointe un appel à notre responsabilité collective. Et nous savons que nous n’avons qu’un seul monde. Alors pourquoi s’acharner à le massacrer ?

Comme le dit le grand Antonio Machado : « Voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. » Alors, traçons-le ensemble !

Texte écrit par Noël Mamère (mai 2016)

 


 

L’auteur : Noël Mamère

Maire de Bègles (Gironde) depuis 1989 et député depuis 1997, Noël Mamère est un ancien journaliste et un homme politique français, partisan d’une écologie politique. Il a quitté Europe Écologie Les Verts (EELV) en 2013.